La cérémonie de clôture de l’année Zamenhof à l’Unesco

La cérémonie de clôture de l’année Zamenhof s’est tenue au siège de l’Unesco à Paris le lundi 11 décembre 2017. Elle était animée par Renée Triolle en présence de Krystyna Zurek, ambassadrice déléguée permanente de la République de Pologne auprès de l’Unesco et de la famille de Zamenhof. Voici un compte-rendu de certaines interventions de la cérémonie. 

Lundon la 11an de decembro 2017, estis la konkludo de la “jaro Zamenhof” en Unesko-sidejo en Parizo, centjara datreveno de la morto de Zamenhof, kiun Unesko enskribis en sia listo de jubileoj celebrindaj en 2017. Universitatuloj kaj spertuloj parolis pri la historio kaj la nunaj defioj de la internacia lingvo… Mi proponas ĉi tiun resumon en la franca.

Maryse Wanda Zaleski-Zamenhof, l’arrière-petite-fille de Lejzer Ludwik Zamenhof, s’est déclarée très heureuse de participer à l’événement au nom de sa famille. « Mon arrière grand-père a consacré sa vie à construire un instrument qui permette d’atteindre la paix, l’unité parmi les hommes et qui permette aux pays de se connaître. (…) Un outil qui n’appartienne à personne, contre la xénophobie et la haine. Aujourd’hui, son apprentissage est rapide et amusant, il est désormais facile de voyager et de converser sur Internet. Grâce aux nouvelles technologies, l’espéranto évolue, tout comme le mouvement pour la paix entre les peuples, et je remercie tous ceux qui travaillent vers cet idéal. »

Franck La Rue, directeur du secteur de la communication et de l’information de l’Unesco, a associé à cette cérémonie l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée le 10 décembre 1948, rappelant que la concordance des objectifs et des idéaux de l’espéranto et de l’Unesco est inscrite dans l’article 2 de la Déclaration : « Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. ». L’espéranto est une langue créée pour construire de l’espoir, et c’est là toute la beauté de ce concept. Il s’agit aujourd’hui de combattre les langues dominantes, l’espéranto n’appartient pas au monde mais aux individus. Nous essayons aujourd’hui de défendre nos valeurs et nos traditions locales, nous devons défendre notre identité et l’espéranto est un des éléments de protection dont nous disposons.

Sébastien Moret, maître assistant en langues et civilisations slaves à l’Université de Lausanne, a présenté les différents facteurs qui expliquent le succès de l’espéranto parmi les langues construites. Sa première réussite a été de sortir du manuel et de répondre aux 28 critères établis par Blanquet qui déterminent l’avancement d’une langue construite. L’espéranto ne s’est pas imposé parce qu’il était parfait, ce dont Zamenhof était tout à fait conscient. Son succès s’explique par des choix, des intuitions, notamment par le fait que l’espéranto est un jeu de construction, de briques à combiner et dont les combinaisons changent à la fois le sens et les nuances (ce que les linguistes appellent « grammaire agglutinante »), par sa capacité à intégrer des mots qui revenaient très souvent dans d’autres langues et par des éléments linguistiques favorables, comme la réduction de la conjugaison. Au-delà des raisons linguistiques, il faut souligner le fait que Zamenhof ne s’est jamais posé en maître de l’espéranto : il se considérait comme l’initiateur de la langue internationale et en soumettait les règles à ses contemporains, le but étant de plaire au plus grand nombre. L’objectif premier était bien celui d’établir un moyen de communication qui réunisse les hommes et dont la forme importait peu. 130 ans après la publication du premier livre, l’espéranto se parle, s’étudie. Sa victoire à l’échelle des langues construites est incontestable.

Jean-Claude Lescure, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Cergy-Pontoise a retracé l’histoire de la langue internationale face à la mondialisation. A son époque, LL Zamenhof ne fait pas figure d’exception. De multiples tentatives de langues artificielles sont recensées et l’intérêt pour un moyen de communication international grandit. Si l’on étudie les premiers locuteurs d’un point de vue sociologique, on retrouve beaucoup d’enseignants, de médiateurs du savoir puis des ouvriers. Ils se rallient autour de valeurs communes comme le pacifisme ou l’internationalisme prolétarien et voient en l’espéranto la possibilité de communiquer ou de voyager sans les difficultés d’apprentissage des langues naturelles.

La France devient une terre espérantiste notamment parce qu’à cette époque, l’Eglise et les Francs-maçons commencent à l’utiliser;, mais également parce que la France est la terre des droits de l’homme et parce que la loi de 1901 sur la liberté d’association permet la création de nombreuses organisations, ce qui n’existe nulle part ailleurs en Europe. Mais l’adversaire principal de l’espéranto, c’est l’Etat-nation. La construction de la francophonie se fait également en réaction à cette langue universelle, considérée comme une menace, y compris dans les institutions internationales, et c’est ce qui rend cette coopération Unesco-UEA d’autant plus exceptionnelle.

Guilherme Fians, doctorant en anthropologie sociale à l’Université de Manchester, s’est concentré sur la vision actuelle de l’espéranto. Pour l’opinion commune, il s’agit d’un projet raté, mais si cette conférence a lieu, c’est que cette initiative est encore valable. Certes tout le monde ne parle pas espéranto, mais rappelons que 80% de la population mondiale ne parle pas anglais non plus. L’absence d’une langue commune est une barrière à une communication approfondie. De nombreuses personnes ne peuvent pas bénéficier d’un environnement international, notamment en Afrique et en Asie orientale. L’espéranto permet de lutter contre cette forme d’exclusion. Certes l’espéranto n’est pas devenu la deuxième langue de tout le monde, mais cela importe peu quand on voit l’enthousiasme de ceux qui le pratiquent. A partir de deux exemples de locuteurs, Guillerme démontre l’impact que peut avoir l’espéranto au niveau individuel : un cheminot retraité de la SNCF à qui l’espéranto a donné la possibilité de voyager, de se rendre à des congrès et de se faire des amis et un juge anglais qui utilisait l’espéranto pour communiquer, à l’époque, au-delà du rideau de fer et qui a pu démolir ses croyances sur les homosexuels qu’ils considéraient auparavant comme une menace. L’espéranto est bel et bien un outil qui promeut le respect. Si l’on considère le projet espérantiste comme orienté vers le futur, alors on peut considérer qu’il est voué à l’échec, mais quand on se tourne vers le passé, quand on voit toutes ces vies changées, la valeur de cette langue est confirmée. Il faut vivre l’espéranto au présent. L’existence de la communauté est basée sur la communication verbale et sur l’échange. Les moyens de communication changent mais l’espéranto est toujours là, plus ou moins partout, et il change la vision du monde de ses locuteurs.

A travers une présentation des outils de communication passés et présents, Chuck Smith, fondateur et responsable technique de l’application pour téléphone Amikumu, montre à quel point l’espéranto évolue et s’adapte aux outils de l’époque actuelle. Vikipedio, la version espérantophone de Wikipédia, se place au 32e rang, entre le basque et le bulgare, selon le nombre d’articles publiés. Si en 1844, chaque mot était payant dans un télégramme, aujourd’hui Telegram est une messagerie instantanée qui compte plus de 80 groupes spécialisés d’espérantistes. N’oublions pas Facebook, Twitter et Youtube, avec notamment Evildea : ces réseaux sociaux qui permettent aux espérantistes de rester en contact avec la communauté. En 1878, c’est grâce aux livres papiers que l’on peut apprendre la lingvo internacia, aujourd’hui, sur Duolingo, plateforme d’apprentissage de langues en ligne, l’espéranto a la même cote de popularité que le danois ou le grec. Enfin, en 1893, pour rencontrer d’autres espérantistes et se reconnaître, il fallait porter une petite étoile verte, aujourd’hui, l’application Amikumu, inventée par un espérantiste, permet de rencontrer d’autres espérantistes et d’autres partenaires de langues (plus de 7000) où que nous soyons.

D’autres personnalités bien connues du monde espérantiste étaient également présentes, comme Stefan McGill, espérantiste de l’année 2016, qui représentait l’UEA (association universelle d’espéranto) et Trezoro Huang Yinbao, rédacteur en chef du courrier de l’Unesco en espéranto, qui a retracé la longue bataille qui a permis de le publier et souligné les défis actuels de financement. L’ambassadeur d’Italie auprès du Royaume de Norvège et de la République d’Islande, Giorgio Novello, a quant à lui abordé la collaboration entre l’espéranto et l’Unesco, l’utilité de cette langue dans la diplomatie, les difficultés auxquelles l’espéranto et l’Unesco doivent faire face ainsi que l’évolution des moyens techniques en faveur de l’espéranto. Il a terminé son discours par une adresse directe à Zamenhof : « Le monde d’aujourd’hui est très différent de celui que tu as connu, (…) mais l’espéranto permet toujours aux hommes de se rencontrer… »

 

Pour en savoir plus : https://esperanto-france.org/IMG/pdf/programo_unesko_zamenhof_2017.pdf

La version de Wikipédia en espéranto, Vikipedio : https://eo.wikipedia.org/wiki/Vikipedio:%C4%88efpa%C4%9Do

Amikumu : https://amikumu.com/fr/

Courrier de l’Unesco en espéranto : https://esperanto-france.org/unesko-kuriero

décembre 20, 2017

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